Les écoles forêt dans une réalité saturée d’écrans
Écrit par Édith Maisonneuve
Dans un monde où les écrans occupent désormais une place centrale dans le quotidien des enfants d’âge scolaire, les signaux d’alarme se multiplient. L’article de l’UNESCO sur les écoles de la forêt met en lumière une réalité préoccupante : les jeunes passent aujourd’hui plusieurs heures par jour devant des écrans, souvent au détriment d’activités essentielles à leur développement.¹
Les recherches en neurosciences et en psychologie du développement sont pourtant claires. Une exposition excessive aux écrans et aux médias sociaux est associée à une augmentation des symptômes d’anxiété. À l’inverse, le contact régulier avec la nature favorise la réduction du stress. Des études sur le « nature deficit disorder » — bien que non reconnu comme diagnostic officiel — illustrent ce déséquilibre croissant entre les enfants et leur environnement naturel.
C’est dans ce contexte que les écoles forêt prennent tout leur sens. En proposant un apprentissage ancré dans l’expérience directe, elles permettent aux enfants de développer leur autonomie, leur confiance en eux et leur capacité d’adaptation. Loin d’être une approche marginale, il s’agit d’un retour à des besoins fondamentaux. Au Club Nature Aventure des Laurentides, cette vision se traduit concrètement à travers des expériences immersives en nature, où chaque enfant est invité à explorer, expérimenter et grandir à son rythme.
Les 4 piliers du développement sain de l’enfant
Sans proscrire les écrans dans leur entièreté, le livre Les écrans et nos enfants², écrit par Sarah Hamel et Julie Parent, souligne l’importance d’une utilisation consciente des écrans et met en lumière quatre besoins fondamentaux pour soutenir un développement équilibré.
1. Le lien avec un adulte significatif
La relation sécurisante avec un adulte de confiance est la base du développement affectif. Elle permet à l’enfant de se sentir en sécurité pour explorer le monde.
2. Le temps passé en nature
La nature agit comme un régulateur émotionnel et un terrain d’apprentissage riche. Elle stimule les sens, encourage le mouvement et favorise un sentiment d’appartenance au vivant.
3. Le jeu libre
Le jeu non structuré est essentiel pour développer la créativité, la résolution de problèmes et les habiletés sociales. C’est dans ces moments que l’enfant construit activement ses compétences.
4. Le mouvement actif
Bouger est crucial pour le développement du cerveau et du corps. L’activité physique améliore non seulement la santé physique, mais aussi l’attention, l’humeur et la capacité d’apprentissage.
Ces quatre piliers sont précisément ceux que les environnements numériques tendent à réduire… et que les écoles forêt réhabilitent pleinement. Il faut toutefois considérer que, lorsque ces besoins sont comblés et mis de l’avant, l’utilisation de la technologie avec un encadrement parental adéquat n’a pas les mêmes effets nuisibles. Tout est une question d’équilibre.
Dans le même ordre d’idées, le psychologue Jonathan Haidt, dans son livre Génération anxieuse³, qui s’intéresse plus spécifiquement à l’impact des médias sociaux sur la santé mentale des jeunes, décrit un phénomène qu’il appelle le « grand recâblage de l’enfance ». Il observe que les enfants d’aujourd’hui vivent moins d’expériences réelles, au profit d’interactions virtuelles souvent appauvries. Il résume ce déséquilibre de manière frappante : « Nous avons surprotégé les enfants dans le monde réel et sous-protégé dans le monde virtuel. » Ce constat rejoint directement la mission des écoles forêt : redonner aux enfants des expériences concrètes, parfois risquées mais essentielles, dans un cadre sécurisant.
Repenser l’enfance, simplement
Face à ces constats, il ne s’agit pas de diaboliser les écrans, mais de rééquilibrer l’enfance. Plusieurs actions concrètes peuvent être envisagées :
Réintégrer la nature dans le quotidien éducatif
Les écoles, garderies et camps peuvent intégrer davantage d’activités extérieures régulières, même en milieu urbain.
Valoriser le jeu libre
Réduire la sur-structuration des horaires des enfants pour leur laisser des espaces d’exploration autonome.
Informer et soutenir les adultes
Parents et éducateurs ont un rôle clé à jouer pour encadrer l’usage des écrans et favoriser des alternatives enrichissantes.
Créer des environnements favorables
Aménager des espaces naturels accessibles et sécuritaires où les enfants peuvent jouer librement.
Les écoles forêt ne proposent pas une solution miracle, mais elles nous rappellent quelque chose d’essentiel : les enfants n’ont pas besoin de plus de stimulation numérique, mais de plus d’opportunités et de liberté pour jouer dans le monde réel. En leur offrant du temps, de l’espace et de la confiance, nous leur permettons de développer les compétences dont ils auront réellement besoin pour l’avenir : s’adapter, collaborer, créer… et surtout, se sentir bien.
2 Les écrans et nos enfants, Sarah Hamel et Julie Parent, Laval, Guy Saint-Jean Éditeur, 2025.
3 Jonathan Haidt, Génération anxieuse (The Anxious Generation), New York, Penguin Press, 2024.
