Harmoniser le jeu risqué et l’anxiété parentale

Par Édith Maisonneuve 

L’un des piliers de la pédagogie Forest School, au cœur de nos pratiques au Club Nature Aventure, est le jeu libre en forêt. Les enfants sont invités à explorer, grimper, manier des outils et tester leurs limites. Cette prise de risque saine est essentielle à leur développement global, mais elle peut entrer en tension avec l’anxiété parentale, souvent nourrie par la peur des blessures ou de l’imprévu.

Lorsque le jeu risqué est encadré, il permet à l’enfant de développer sa confiance en soi, son jugement, sa motricité et sa capacité à évaluer le danger. En forêt, l’enfant apprend à reconnaître ses limites réelles plutôt que de les éviter systématiquement. Cette expérience directe du risque favorise l’autonomie, la résilience et le développement de compétences sociales importantes. Des études montrent notamment que ce type de jeu est associé à une augmentation de l’activité physique, à l’acquisition de compétences motrices et à une capacité accrue à évaluer et à gérer le risque de façon autonome.

Malgré tous ces bienfaits, l’anxiété parentale demeure bien réelle. Elle découle souvent d’un profond désir de protection et d’un cadre sociétal où la sécurité est devenue une valeur centrale. La clé n’est pas de minimiser ces craintes, mais plutôt de les transformer par l’information et la transparence. Expliquer la différence entre danger et risque, présenter les protocoles de sécurité et partager les intentions pédagogiques permet de bâtir une relation de confiance.

Dans une approche Forest School, l’adulte joue un rôle d’accompagnateur vigilant plutôt que de contrôleur. Il observe, soutient, pose des limites claires et intervient lorsque le danger devient réel, tout en laissant à l’enfant l’espace nécessaire pour expérimenter. Cette posture rassure à la fois l’enfant et les parents.

Pour intégrer une prise de risque saine à la maison, les parents peuvent commencer par des situations simples et contrôlées :

  • Micro-défis physiques : installer des coussins, des tapis ou des morceaux de bois dans le jardin ou le salon pour permettre à l’enfant de grimper, sauter ou garder l’équilibre. Cela favorise l’expérimentation du risque dans un cadre sécurisant.
  • Outils adaptés à l’âge : proposer des outils simples, comme des éplucheurs ou de petits marteaux, sous supervision, permet d’initier l’enfant à l’évaluation et à la gestion de risques légers.
  • Questions ouvertes : au lieu de dire « fais attention », poser des questions comme « comment penses-tu descendre ? » ou « qu’est-ce qui te semble difficile ici ? » afin d’encourager l’enfant à réfléchir au risque plutôt que de l’éviter.
  • Zones naturelles : les balades en forêt ou au parc, avec des troncs d’arbres, des pierres ou des racines, deviennent de véritables terrains d’aventure pour tester l’équilibre et la créativité, avec un adulte prêt à soutenir au besoin.

Ces petits pas aident l’enfant à développer sa propre capacité d’évaluation du risque, tout en offrant aux parents l’occasion d’ajuster progressivement leur niveau de confort.

Si ce sujet vous interpelle, nous vous recommandons cet épisode de podcast produit au Québec, mettant en vedette la Dre Émilie Beaulieu, qui aborde directement le jeu risqué et les émotions qu’il peut susciter chez les parents.
Voici le lien vers l’épisode :
https://www.cavamaman.com/podcasts/ca-va-maman-2/episodes/2148585785

1.Société canadienne de pédiatrie. (25 janvier 2024). Aussi sécuritaire que nécessaire : le « jeu risqué » peut améliorer la santé et le bien-être des enfants, affirment les pédiatres. Consulté à l’adresse https://cps.ca/fr/media/le-jeu-risque-peut-ameliorer-la-sante-et-le-bien-etre-des-enfants

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